Confinement Part 2 Deuxième mois de confinement | Allez à  la page Confinement Part 1

Séverine Bruneton J'ai connu Séverine à Forcalquier quand j’œuvrais au sein de la Cie TOUT SAMBA'L. Séverine était alors 

Organisatrice d'expositions. à l' Immeuble Berluc puis  Directrice artistique au Garage Laurent. Elle vie aujourd'hui à Apt.
Voici ses  textes inspirés  de l'épidémie de Corona Virus  et du confinement  décidé par les autorités le mardi 17 mars 2020.

Confinement Covid-19 | J28 - 13/04

j’ai dormi sur JOUR 28
englouti enseveli
JOUR 28 n’existe pas
JOUR 28 n’a jamais existé
qui dit que JOUR 28 existe
JOUR 28
on s’en est pris
pour encore 4 semaines
non JOUR 28 n’existe pas
je supporte plus JOUR
4 x 7 =
28

Foulonjm - Textes & Poésies Confinement J18 Séverine Bruneton

Confinement Covid-19 | J29 - 14/04

On a une pénurie mondiale
sur un certain nombre de choses
le marché s’est interdit
mais on peut organiser
des marchés
le 11 mai fait ce qu’il te plait
et bien non
les ponts sous contrôle
le ministre du confinement
et fier de l’être
on fait ce qu’on peut
700 4 000 verbalisations
11 millions de contrôles
166 problèmes du Covid-19
les masques ffp2 doivent
être mobilisés
on n’est pas égaux face au virus
nous avons prolongé de 90 jours
avant le Portugal
la police est restée devant la
porte close
ils sont sortis par l’autre porte
seul le prêtre verbalisé
si le fait est grave

Il faut pas hésiter à dénoncer
les appels d’urgence
ont augmenté de 40 %
sachons nous réinventer
moi le premier
on se heurte sur un principe
principe scientifique
a ne pas prendre avec des pincettes
moi le premier je ne me déroberai pas
nous ne mettons pas en balance la santé
plus d’informations sur
gouvernement(.)fr
privilégiez les contacts
à distance
les amendes pour rien
continuent
exorcisme en inde
avec la lumière pour chasser le virus
big pharma veille à la grosse affaire
tout va bien
toujours pas de masques
toujours pas de tests
toujours pas de gel hydro alcoolique
hips

Foulonjm - Textes & Poésies Confinement  Séverine Bruneton

Confinement Covid-19 | J30 - 15/04

 

la pénurie du thermomètre
un festival à l’amour à la mort
avec un quinquagénaire
couché sur le bitume
la cathédrale en son année
de feu
on dit bien solidairement
je dirais plutôt
bien solitairement
assise à la croisée des chemins
l’un parsemé de jaune
l’autre des arbres de Judée
avec juste une fenêtre de soleil
elle roucoule dans mon dos
d’une grosse voix enrouée
avec un chat dans la gorge
des bruits de branches
et d’autres comme des jambes
étendues sous moi
lascives
battements d’ailes en apnée
je roucoule pour toi
rrrrrrrrrrooouuuuuuurououou
complètement excités
ces oiseaux

battements d’ailes

sur la tête
comme pour me coiffer d’un chapeau
ailé
flap flap
oiseaux à remonter
avec élastique
et qui partent en tout sens
simples ballons
de baudruche dégonflés
j’ai chaussé les sandales
qui ont parcouru
le nord de l’Inde
et je me transporte
dans ce monde vidé
j’ai chaussé les sandales
et j’ai froid aux pieds
j’ai chaussé les sandales
et je retourne le chemin
dans tous les sens
un labour de terrain
du piétinement
je manque d’imagination
à inventer des parcours
qui n’existent pas
j’ai froid aux pieds

 

Confinement Covid-19 | J31 - 16/04

Le transport d’Udo
est suspendu dans la cuisine
et à chaque fois
je me prends la tête dedans
cela reste léger
mais quand Udo aura son plâtre
cela sera lourd
en me promenant
je ramasse beaucoup de choses
des os de squelettes
des gros parfois
un os de tibia de bœuf
au moins
comme aucun chien
n’en n’a jamais rêvé
une petite corne de bouquetin
un bout de colonne vertébrale
un crâne diable
une paire de lunettes plates
depuis le Covid-19
que j’ai failli
ne pas ramasser

juste le contour des yeux
un simple anneau
métallique
écrasé en son centre
et qui ira bien
pour Xavier dans sa ruine
de ne plus vouloir lire
quelle tristesse
c’est pour ça
que je lui mets des lunettes
en relevant sa tête
elles se relèvent
et il peut regarder le ciel
dans son infini
xavier est le septième de la liste
Ilan est encore en attente
je traite tous ces hommes gentiment
il y en a 4 qui attendent déjà
de sortir
un pigeon toc à la fenêtre
bonjour

Confinement Covid-19 | J32 - 17/04

 

Christophe est parti
Aline a crié crié
mais il n’est pas revenu
elle voulait lui dire les mots bleus
les mots bleus qui soulagent
les peines
alors les clochers se sont arrêtés
de sonner
la ville s’est figée
les gens ne sont plus sortis
certains sont sortis très vite
pour promener leurs brosses à
cirer les pompes
mais l’encre était trop noire
et cela a laissé des traces
partout

elle voulait lui dire les mots bleus
les mots bleus
qui font voir la vie
autrement
avec le rose qui coule
dans les rivières
et le pouls qui bat la cadence
des coeurs
alors une petite musique
s’est faite entendre
comme un air dans la tête
et chacun est reparti
avec ses mots bleus
les mots bleus
au plus profond
de nous même

Confinement Covid-19 | J33 - 18/04

On n’aime jamais
assez
sa bannière
pourtant
espace public
immense
et cent limites
t’y parler
t’y chanter
t’y cligner de l’œil
espace minuscule
cons is ion
on y dit tout
et on y dit rien
magique
magnifique
me met en joie
de paresseuse
du travail labeur
labour
le dos courbé
relever la tête

et faire la nique
au monde
on nous enferme
on a notre bannière
de quoi crier éructer
se taire
silence
c’est dimanche alors je chaume
non c’est samedi alors je fonce
je sors en boîte
talon robe à paillettes
je suis prête
pour aller danser sur ma bannière
dans ma tanière
comme une chienne enragée
j’aboie
je mords
je meurs
J’Ai ENVIE D’ALLER DANSER
allez les gars un plan
c’est Saturday Night

tonight

allez les Travolta de la piste
et franchement
les soirées pyjamas d’adultes
les concerts dans sa cuisine
c’est pas pareil
que la sueur les peaux moites
qui se collent
le contact frontal
de corps qui se cognent
pulse
pulsation
allez pulse
pulse pulse pulse
assise sur mon tabouret haut
en cette fin de matinée
très calme je suis très calme
je suis très calme
je suis très calme
Déjeuner en paix
on est très calme
n’est-ce pas monsieur Stephan E.

Confinement Covid-19 | J34 - 19/04

 

Je passe à ma période cubiste
la politique cubiste
ou expressionniste
dans ma tête je suis profondément
insoumis insoumise
un horizon qui se réouvre
on en a tous besoin
j’ai pris mes clics et mes clacs
et je me suis en allée
la poudre d’escampette
ciao arrivederci

Confinement Covid-19 | J35 - 20/04

Autre réalité virtuelle
là sans être là
évaporée
dissoute
engloutie Tsunami
insomnie
un Tiramisu
face au mont Fuji
le Ventoux jaloux
parti en goguette à Lure
les crapauds chantent
par intermittence

et les grenouilles croassent
cassées les habitudes
quotidiennement
inéluctables
passivement
arrêté de subir
un vent de liberté
une vague d’insurrection
se laisser aller
déportée dérivée
arrivederci ciao

Foulonjm - Textes & Poésies Confinement  Séverine Bruneton Photo Foulon Jean-Marc Ventoux

Confinement Covid-19 | J36 - 21/04

 

Les escargots collent aux chaises
et craquent sous les pieds
on les lancent loin
dans l’herbe
mais ils reviennent
incessants indécents
les pieds sont trempés
alors on ne sort pas
on taille dans la mousse
des blocs pour
faire des têtes
des têtes de marionnettes
qui vont parler
comme ça
pour ne plus être seul
avec soi-même
se parler tout seul
une tête avec qui parler
une tête qui te répond

bonjour tu as bien dormi

une tête de mousse
qui n’existe pas encore
un deuxième toi
qui n’est pas vraiment toi
et les crapauds
et les grenouilles
qui croassent toujours
et ce soir dans la nuit
qui te parlent
bonne nuit tu dors pas
et non je dors pas
on se tait alors
ils se taisent
mais croassent à nouveau
de façon polie
toujours quelque chose
à dire
léger intermède

qui se termine dans la piscine
à Castaner
les grenouilles dans la piscine
qui nagent la brasse coulée
elles se taisent
il serait temps de dormir
quand même
ça fait bientôt 2 heures
et demain
les têtes ne seront pas
sorties
de leur bloc
pour te parler
s’essuyer les pieds
avant de rentrer
les escargots
guettent

Confinement Covid-19 | J37 - 22/04

Le yoga c’est quand
tu ramènes ton nombril
droit vers
ton nombril gauche
je pratique
intensive
vu sur you tube
la prière au soleil
avec le chien couché
je tiens pas longtemps
le yoga c’est chaud
avancer son coccyx
mentalement
de quelques millimètres
ou rester à genou
une couverture sous les fesses
et attendre
sans trop penser
faire le vide dans la tête
il y a tout qui remonte
c’est terrible
surtout quand on doit
rien faire
les grenouilles roulent des R
le yoga a 5 heures du mat
à la place de l’insomnie
et tu t’endors après
c’est une proposition

​sauf que moi

l’insomnie
c’est à 2 heures du mat
à la place j’écris ma nuit
à défaut du JOUR
avec les grenouilles
qui roulent des R
je vais rebaptiser
mes JOURS par
mes NUITS
le jours je dors
la nuit
j’insomnie
avec les grenouilles
et les crapauds qui se
raclent la gorge
mes copains et
mes copines
confinement de la nuit
pas besoin de mots
les grenouilles n’en
demandent pas
maux de nuits
petite douleur du bas du dos
le yoga
pas loin du coccyx
que je ramène de
quelques millimètres
je vais y arriver
à dormir

Confinement Covid-19 | J38 - 23/04

 

D’habitude ce qui rythme
mes jours
le journal
là les grenouilles
mes nuits
sauf que trop tard
plus de grenouilles
les oiseaux
chantent
sifflent
ils sont contents bavards
il fait soleil
les escargots ne sortent plus
ceux qui traînent
sont secs et légers
le pire dans l’enfermement
c’est le vide temporel
là il y a la nature
c’est plein d’herbe
et il y a le thym à ramasser
on peut mettre les sandales
on met les sandales
et on est content

​comme les oiseaux

siffle
mais pas de chien
pas de balle
pas d’os à ronger
pas de bâton à aller chercher
on court pas
on n’est pas fou fou
on n’aboie pas
on a perdu CHIEN
non non on ne joue pas
il n’y a personne pour jouer
on est en intermittence
on attend d’avoir le droit
de faire CHIEN
avec un masque
sur le museau
et la nature
autour
pas intermittente
en profite
pour pousser
et on
se fait
tout petit

Foulonjm - Textes & Poésies Confinement  Séverine Bruneton

Confinement Covid-19 | J39 - 24/04

 

Commencer par la fin
pour déjà finir
mais quelle fin
finir par le début
mais quel début
celui pourquoi on est
tous chez soi
dans l’attente de
j’ai envie de sortir
non je veux rester
à la maison
la fin des haricots
il en reste encore
pour un repas
cuits à l’indienne
avec curcuma
et piment
la fin de quelque chose
ça ne sera plus jamais
comme avant
demain les haricots
seront mangés
mais qu’est-ce qui aura

changé
pas moi pas toi
si j’ai les cheveux qui ont
blanchi
j’ai un peu grossi
ça va faire drôle
quand on va se revoir
come si c’était hier
comme si c’était
jamais arrivé
et pourtant
comme une entrave
dans le corps
un mal être
qui empêche de dormir
une inquiétude
un mauvais rêve
une sidération
l’impression
que tout va revenir
comme avant

chacun tirant

la couverture

à soi
j’ai froid
j’ai plus de couverture
et on tire
un bon coup
dessus
découvrant l’autre
non j’ai trop chaud
l’envie de se serrer
pour se rassurer
trouver la chaleur humaine
animale
pour oublier
et se perdre
dans l’abîme
de son âme
des haricots
gardons en
encore
un peu

Foulonjm - Textes & Poésies Confinement  Séverine Bruneton Photo Foulon Jean-Marc

Confinement Covid-19 | J40 - 25/04

Comment calmer mon cerveau
de mes inconsciences
je déborde trop
au risque de boire la tasse
à chaque brasse coulée
je suis agitée
trop
merci monsieur mélisse
le pot apporté
à planter au fond du jardin
et à mélanger au thym
trop bon
monsieur mélisse
croisé à la cueillette
du thym

touchée au cœur
de la gentillesse
du pot
apporté
dans tout ce Covid
de la nausée
gestes simples
de bienveillance
soudain
loin
les solitudes
avec ceux
que l’on ne connaît pas
avec celles

​que l’on connaît

la maman

qui attend de pouvoir fêter
ses 100 ans
au printemps
bientôt
sortie de l’Epadh
pour la survie
pour la vie
vivre et ne pas
mourir
normal
un temps
pour ça
pas tout de suite
on y tient

à nos vies
aussi fragiles
puissent-elles être
aussi fortes
sont-elles
nos résistances
notre force
notre volonté
ouf
j’ai pris un coup
de Covid dans la tête
non
je rigole
merci la vie

Confinement Covid-19 | J41 - 26/04

 

Le temps dehors
plutôt beau
bougé peu
avec sa tête
entre les jambes
tailler dans la mousse
redessiner la bouche
creuser les joues
ma sœur jumelle
un autre moi
mon double
me ressemble
pas tant
aller acheter une perruque
à Noailles
3 têtes 3 mois
mais après plus de mains
3 bouches à faire parler
schizo
la femme à 3 têtes
sans barbes
Freaks
idée saugrenue
mais entêtée
coupez lui la tête
une Alice perdue

au pays des Merveilles

elle court avec ses 2 jambes
face à la reine
et ses cartes à distribuer
bon tu joues
a quoi tu penses encore
rien rien
la dame de coeur
dans la main
avec celle de carreau
qui lui fait face
et dame de pique
dans la pioche
un brelan de reines
échecs et mat
sur l’échiquier
les pions n’avancent plus
elle est désarmée
et laisse tomber ses bras
de dépit
une drôle d’histoire
à ne pas raconter aux enfants
dehors le temps tourne
à l’orage
vite rentrer la mousse
il ne pleut pas

Confinement Covid-19 | J42 - 27/04

 

Ce matin il y avait beaucoup plus
d’escargots qu’hier
étrange de rentrer chez soi
j’avais pas trop envie
non non je ne suis pas venue
pour le jardin
sortir dehors sans être
obligé de faire 2 mots
sortir dehors sans être
obligé de mentir
et le dire à la face
du monde
je suis rentrée chez moi
et j’étais contente
de les retrouver
les 7 hommes de l’ombre
n’avaient pas trop bougé
ils m’attendaient
peut-être un peu impatients
mais ils n’ont rien dit
c’était la limite que l’on
s’est accordée
je suis rentrée avec des
résolutions
je pense que je ne vais
pas
les tenir

des regrets aussi
de ne pas
avoir appelé
Zinzine
pour leur lire un poème
d’une de mes NUITS
de ne pas
avoir croisé
la police
pour ravir le maire
de ne pas
pour le rythme
comme si on marchait
de ne pas
regretter
d’oublier de lui dire
que je l’aimais
même s’il ne me croira
pas
même s’il ne lira
pas
d’arrêter de me réveiller
la nuit
pour finir mes mots
je réécris les JOURS
bonsoirs

Foulonjm - Textes & Poésies Confinement  Séverine Bruneton Photo Foulon Jean-Marc

Confinement Covid-19 | J43 - 28/04

 

Les mots passerelles
passionnant mais pas
se passionner
pour ne pas arrêter de penser
le sauveur dictateur
un risque
le journal de confinement
des enfants
souffle
l’ennemi est invisible
alors on donne la parole

à quelqu’un
face à l’incertitude
si on se tait on va donner
la parole à l’imagination
le nez au vent
les soleils de Cyrulnik
la nuit j’écrirai des soleils
une violence latente
un calme passible
impassible
résurgence
avec des Trumps pourtant
vigilance
répétition des mêmes choses

lassitudes
manque de discernements
de perspectives
même sans savoir
regarder les pestes anciennes
comment autant oublier
relire Apollinaire Giono Camus Zweig
une partie d’échec qui se répète
virer vers du meilleur ou vers du
pire
échec ou mat
le roi est mort
le confinement des enfants
l’imaginaire des enfants
les écouter mieux
faire abstraction
se figurer
figurer le Corona
le dessiner
en tracer son contour
en poser sa Solitude
et le peindre au blanc d’Espagne
lui donner forme
le formuler
lui faire face

le faire briller
ne pas se laisser éblouir
s’indompter
virus
germe pathogène
ou principe moral de contagion
une entité biologique, un agent infectieux
nécessitant un hôte,
souvent une cellule, l’hôte
dont il utilise le métabolisme
et les constituants
pour se répliquer
lui répliquer
l’adopter
commencer par le début
déjà
comprendre
le comprendre
hérésie et compassion
trouver son centre
établi en lui-même
établi en nous-mêmes
trouble
laisser dormir l’enfant

Confinement Covid-19 | J44 - 29/04

 

Depuis que la date de déconfinement a été annoncée
le temps ne se tient plus
profiter des derniers jours
pour s’attarder
ne pas chercher à vouloir
refaire le monde
même si
avec toujours une administration
une petite chose
ennuyeuse à faire
je regarde des traversées de
neige
avec aurore boréale
alors que bientôt
le printemps
est
même

la neige fait des
étoiles
au
sol
des prophéties des fantômes
de formes
le blanc dans la tourmente
un peu astronaute
l’ennui d’un film
ou l’on ne peut pas
sortir
ils tapent sur des murs
sans savoir s’expliquer
blanc à nouveau
avec la silhouette des

maisons
tracées
la neige dans la chambre
pour sculpter une montagne
qu’on ne peut pas escalader
ils simulent avec leurs bras
les mouvements
des illusions du
ciel
Northern
entre indiens et inuits
du grand nord Amérique
de la pluie
carrelage inondé
du rouge
gamelan
polyphonique
danse transe
des impressions de paysages
et en ombres
projections à la flamme
mouvement de mains
et doigts déliés
Bali film superbe
aux masques de bois
visages au sourire figé
transe
transhumance
bientôt
nous nous
déplacerons
dans le paysage

Confinement Covid-19 | J45 - 30/04

 

Rester dans l’anonymat
espace d’une plus grande
liberté
rester invisible
pour pouvoir se promener
nu
n’importe où
je sens que l’arbre touche
ma peau
je me sens observé
par eux
que la terre se perçoit
à travers nous
comment se promener
dans un film
et se sentir tellement imprégné
se souvenir
que dans le squelette de cet avion
il y a l’oiseau
qui nous a appris à voler
nous ne sommes humains
qu’en contact et en convivialité
avec ce qui n’est pas humain
les mots de
David Abram
Emma Davie Peter Mettler
Becoming Animal

se dévêtir de sa peau
d’homme
en Islande mémoire
d’une nature brute
et sans concession
dans la jungle
le sauvage à proximité
qui effraie soudain
de réaliser
glanage de copies d’écran
pour autant de possibles
peintures de paysages
pour Jeanne
envie de peindre
maintenant
demain
bientôt
mise en mouvement
déploiement
du moteur trouvé
au creux du lit
je commence juste à m’habituer
au confinement
et à y prendre plaisir
maintenant
qu’il va falloir
sortir

 

Confinement Covid-19 | J47/48 - 02/05 03/05

Traversée de quartier
St Jo
St Joseph
anciens baraquements
forestiers
arbres qui vont avec
ambiance Algérie
un passé de ma naissance
pas connu
pourtant imprégnée
ressenti
chaleur d’une fin de journée
climat étrange
avec vent
qui souffle
par bourrasques
oiseaux divers
hululement
sifflement
aigu et grave
spatialisation
désert d’hommes
et chats tranquilles un traverse
on attend qu’il y ait
un événement
les évènements
même ambiance
à Alger dans la
décennie 2000
les évènements

ou un pouvait disparaître
à jamais
entre vrais faux barrages
là on ne sait pas
qui est là
le coq chante
les fermes
au carrefour
des sources
le monde agricole
d’avant
montée de la Marguerite
cascade et pont
en face au plus bas
de St Michel
les restes
de villas romaines
histoire
de fruits confits
d’arbres à cerises
la neige de printemps
essaimer
de pâquerettes au sol
avec mégots filtres
autour du banc
assise
toile d’araignée pour
attraper poussière du vent
miniature d’araignée rouge
à écraser

sur l’écran mobile
des lettres
pour faire de l’encre rouge
plaisir d’entendre Mme R
93 ans
se raconter
tu m’as électrisé
dit le mari qui n’est plus là
à sa femme
lui immobile elle mouvante
rassurant des âges encore là
le Covid n’emporte pas tout
le monde
le cancer tue beaucoup plus
encore
pour l’instant
relativiser
les maladies
que notre société fabrique
sur les panneaux électoraux
les affiches des candidats
se fanent déjà
à l’abandon
refaire mon autorisation
je me suis un peu perdue
et pas encore rentrée
un chat angora a traversé

Confinement Covid-19 | J49 - 04/05

 

Compliqué de trouver la
transparence
des lettres blanches
ravie de mes lèvres posées
sur mon mur
regarder d’en face
son propre sourire
ce n’est pas de l’égotisme
mais une sensation
introspective
ressentir un sourire
son sourire
je pense à Mona Lisa
avec ce sourire
qui lui colle à la peau
avec des millions de Japonais
qui la photographie
là elle doit être tranquille
respirer un peu
sourire mystérieux
qui semble te parler
c’est ce que je dois reproduire
pour mon double
en mousse
pas simple le petit
sourire
en coin
je me lance aussi
dans du ménage
mais très vite fatiguée
de ça
décousue dans ma façon de
faire

une mise en mouvement
vite parce que
à la fin de la semaine
cela sera fini
vite faire tout
ce que je n’ai pas fait
et puis mon sourire
qui me happe
auquel je réponds
en trouvant du brillant
dans les yeux
rieurs et complices
clin d’œil
de moi à moi
découverte
je remballe
ma bibliothèque
Alberto
Mangues
envie de lire
et rappel
ne pas oublier
l’art de la joie
sourire du coin des lèvres
Goliarda Sapienza
j’ai toujours eu
un sourire collé à la bouche
jusqu’au jour décider
de ne plus
et pourtant
ne pas pouvoir
de ne plus
sourire

Confinement Covid-19 | J50 - 05/05

 

C’est en cherchant une Antigone
que je suis tombée dessus
je ne savais pas
qu’il existait là
je me souviens pourtant
là où je l’ai acheté
faire bouger les livres
permet
d’en trouver d’autres
— il y a une nuit de fête ou l’on s’amuse,
en ville, 
à faire tomber du ciel les étoiles. 
Cette tâche, sur le mur.
cette phrase m’avait
peut-être
attirée
si j’avais mieux regardé
j’aurai vu le titre
mémo
randum
de la
peste
j’aurais du me méfier de
la tâche
je n’ai vu que le nom

Didi-Huberman
la violence du regard
que l’on porte sur la peste
les épidémies
la peur que l’on instaure
ici cela n’arrive pas
à me faire peur pourtant
plutôt de la colère
de la mise en situation
de comment on nous enlève
notre liberté
de comment
on nous traite
infantile
j’aime beaucoup
les enfants
mais même à eux
on ne leur ferait pas ça
anormal
vous n’irez pas en vacances
à l’autre bout
du monde
on restera entre européens
gros con
de ta connerie

à me rendre
furieuse
et c’est notre président
de m
qui dit ça
7 milliards à Air France
pour faire patienter
notre conso
et les lignes dans le ciel
les avions ne sont pas
tombés comme les étoiles
cela aurait fait
plus trash
et en attendant
on se confine
et on se déconfine
docilement
en faisant le dos rond
bientôt on va miauler
comme les chats
et j’oubliais
combien pour
la culture

Confinement Covid-19 | J51 - 06/05

 

Sensation d’inachevé
de laissé pour rien
un bout de vie
comme ça
positiver
j’y arrive pas
amertume
l’écriture
oui
mais
bon
un feu de paille
à incendier
larmes
à pleuvoir
éteindre
mots
pourquoi
pour rien
peut-être
mais non
inventer
oui
rebondir
balle

sauteuse

rieuse
mais tendue
élastique
des mots à éteindre
laisser reposer
jusqu’au bout du bout
ne pas repasser les plis
le fer n’a plus de vapeur
impression de jouer
dans un mauvais film
où il faut faire semblant
d’avoir peur
pas drôle du tout
et on est tous là
à s’inventer de bonnes raisons
même si on a tous grossi
compensé par la bouffe
il fallait bien se nourrir
Macron a acheté notre silence
les mieux syndiqués
laissant beaucoup d’autres
sur le pavé
ils sont seuls et isolés
les autres

en bras de chemise

comme ça ils sont contents
les autres ils peuvent crever
mourir pauvre
bof pas très grave
plus trop de morts le corona
ça c’est bien
on se lave la conscience
et dans la rue
il y a ceux qui portent
des masques
et ceux qui portent pas
de masques
hérésie du sort
oiseaux de mauvais
augures
pourtant le soleil brille
bientôt la canicule
on pourra mourir
d’autre chose
la clim
m’a
tué
et le cancer
on en parle même pas

Confinement Covid-19 | J52/53 - 07/05 08/05

 

L’absurde
de situation
il est temps que ça finisse
l’absurde
de situation
on tourne en rond
abrutis
un lion en cage
à faire exploser
les barreaux
je pensais être
plus zen
dérapage production
le film sans fin
quelle saison
série en combien de manches
y aura t’il un remake
ou bien est-ce une
fin de partie
je n’ai pas assez regardé la télé
j’en ai pas
fort trop fort
en tout cas
vénérable virus
c’est quoi ton secret
notre bêtise collective
et oui

seuls on n’est pas assez

fort mais serons nous

plus malin
ou plus vilain
une histoire à tirer
PAN
pour exposer nos trophées de cheminée
tous liés
main dans la main
une grande chaîne humaine
faut pas lâcher
ribambelle farandole
et des chefs
qui donnent la cadence
1 et 2 et 3
de valse en tango
et nous on lâche rien
à moins de baisser les bras
ou de lever le poing
allez
un peu de rythme
on tape du pied
en cadences
j’y arrive pas
toujours à contre temps
désolée
je m’excuse

Foulonjm - Textes & Poésies Confinement  Séverine Bruneton

Confinement Covid-19 | J54 - 09/05

 

A l’affût
au coin d’une rue
on se baisse dès qu’il est passé
pour ne plus être dans
son champs de vision
avancer pour être hors
du cadre
une danse en mouvement
caché
un mirage de silhouettes
cinquante veuves de guerre
sortent d’une boutique
et traversent la ville
avec lenteur
pour une galerie de portraits
en noir et blanc
c’est une fiction
une réalité
qui n’a pas pris forme
un tableau

ou l’on dessine à la craie
et que l’on efface
l’acte premier
de plusieurs actions
qui n’ont pas lieu
la commémoration
sans commémorations
ils sont 4 devant le monument
avec porte drapeau
sur une photo
prise dans un village
que tout le monde
regarde sur son portable
on commence à sortir
ça bouge dans les rues
3 enfants jouent
sur une place
leurs parents
assis sur le banc
de la place

un chiot de chien nain
nous court après
et voudrait nous suivre
il est rappelé par son maître
la vie sort des maisons
et court dans les rues
la joie de pouvoir
se parler
sans pouvoir
se toucher
le geste barrière
du politiquement correct
on n’est pas encore sortis
il ne faut pas rêver
même si l’on s’accorde
des libertés
non autorisées
le geste barrière
de nos libertés

Confinement Covid-19 | J55/56  - 10/05 11/05

Prêt à nous sauter dessus
heu quoi
mon rêve
j’ai rembobiné et
je suis arrivée au
le même qu’hier soir
bientôt

nous allons déconfiner
je sais
le mot n’existe pas
et puis il pleut dehors
je sais
pour pas qu’on
se précipite
tous dehors
déjà dimanche
il faisait un temps pourri
heureusement
mon meilleur couscous

de ma mère
qu’on devait faire
sur la place Carnot
était déjà annulé
en plus double peine
on est en plein
ramadan
on aurait pas mangé
avant la tombée de la nuit
et sous des trompes
d’eau
une bonne rincée
du coup
on est restés bien sages
chez soi
à regarder les séries
et plus personne
ne voulait
vraiment
déconfiner

il fallait pas
nous y mettre
nous donner le goût
maintenant
le virus est pris
c’est trop tard
on peut plus
revenir en arrière
il n’y a que dans les rêves
qu’on fait
du rétro pédalage
là dans la réalité
même pas en rêve
sur la tête de ma mère
décon
renoncement
dès qu’on peut
sortir
j’y crois pas
mettre le pied

dehors
j’y crois pas
émotion
sur la tête de ma mère
bon et puis
c’est le dernier
on t’aime
un peu
beaucoup à la folie
pas du tout
mes LIKE
je t’aime
même pas
sur la tête
de ma mère
le confinement
c’est fini
j’en ferai
un livre
à brûler

 

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