Bruno Michard

Sur cette page, les textes pertinents, emplis d'humour, de belles "images", de second degrés, de justesse, de spontanéité de Bruno Michard, blogueur et musicien que j'ai rencontré sur Facebook . Vous allez adorer, j'en suis sur ! ...


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Papou est dans sa bulle

J’avais laissé tomber l’écriture. Comme ça, brutalement. Je m’attendais à ce que ça fasse du bruit, mais rien.
Même pas le son étouffé d’une charentaise qu’on laisse choir sur la descente de lit certains soirs de lassitude.
J’allais écrire de solitude.
C’est un peu pareil vous savez ; on s’enferme dans un quant-à-soi d’un goût discutable, une sorte d’amertume saumâtre, épaisse, sans lendemain. Vos proches s’interrogent, s’inquiètent, s’interpellent. Qu’est-ce qu’il a Papou ?
Papou, c’est comme ça que mes petits-enfants m’appellent. Depuis, ça a fait boule de neige, mais sans la Tour Eiffel, ni le Sacré-Cœur. Alors tout le monde m’appellent Papou.
Il y eut deux ou trois haussements d’épaules désabusées, quelques moues blasées. Un silence émoussé.
« Tu sais, Papou, il est dans sa bulle. Il est comme ça Papou, il a toujours été comme ça enfermé dans son monde bipolaire désenchanté. »
Je ne jouais même plus de guitare.

Ça a suscité d’autres haussements d’épaules et d’autres moues sans conviction. Des chuchotements feutrés.
« Qu’est-ce qu’il a Papou ? Il n’est pas comme d'habitude. D’habitude, sa bulle est perméable, poreuse juste ce qu’il faut. Il laisse passer des choses de part et d’autre de la paroi de cristal qui l’enveloppe. Mais maintenant, le cristal s’est transformé en plomb.
C’en est un drôle d’alchimiste ce Papou. Le seul et unique hermétiste à transformer le cristal en plomb. »
Pour résumer, ça jasait pas mal, ça renâclait dans l’arrière-cuisine. À un tel point que les fours et les plaques de cuisson se sont retrouvées en surchauffe et que la bulle de plomb a fondu.
Alors tout ce vacarme est parvenu aux oreilles de Papou. Un peu comme une casse d’imprimeur qu’on jetterait dans un escalier métallique. 
Et Papou s’est réveillé. Il a jeté un œil hors de sa bulle redevenue translucide et éthérée comme une bulle de savon.

Et selon les lois des enchaînements des causes et des effets, Papou a rouvert sa messagerie et il est tombé sur un message de Katy, son amie de Nancy. 
C’est là que le miracle a eu lieu. Katy lui rappelait gentiment mais fermement que son blog était en panne comme un vieux tracteur perclus de cambouis ; elle racontait aussi sa frustration déception de ne plus lire les incroyables fariboles qui s’écoulaient de son esprit disjoncté de maniaco-dépressif.
« Mais qu’est-ce que tu fiches ? Tu dois écrire. Tu es fait pour ça ! » 
Tiens ! Si elle avait été fantôme, elle serait venue hanter mes nuits, martyriser mes orteils et me planter des plumes d’oie sous les ongles. À l’instar de l’archange Gabriel ordonnant à Mahomet : « Lit ! » Katy injonctait : « Écrit ! ». 
Eh bien, vous me croirez si vous voulez - d’ailleurs vous n’avez aucun choix en cette matière - Papou s’est dit qu’elle avait peut-être raison Katy de Nancy.
Il a ressorti sa plus belle plume et s’est empressé de détruire méthodiquement sa bulle en picorant de petits bouts de mots et de phrases çà et là sur la membrane tremblotante et savonneuse.
Un picot, un mot, trois picots, une phrase.
Le temps de relancer la machine à développer les mythomanies sélectives du vieux barbu.
Recommencer à écrire quand on a laissé retomber le soufflet, c’est un peu comme redémarrer un vieux moteur diesel d’avant-guerre. Ça fume, ça grogne, ça bégaye.
On a l’impression que le robinet est définitivement grippé, que la rouille liquide qui s’en écoule ne s’éclaircira jamais.
Et puis la rouille se métamorphose en pur cristal. Et petit à petit, en catimini, la magie revient.
Papou éteint la télé et allume sa lampe de bureau.

Il règle son siège, place ses doigts de musicien au dessus du clavier et tambourine, tambourine encore.
En fond sonore, Agnès Obel lui susurre des encouragements du bout de son piano. Les mots arrivent d’abord timidement, presque à reculons, puis un troupeau se forme, s’avance plus franchement et on se dit qu’on ne va pas tarder à lâcher les éléphants-phares. 
La bulle est brisée. Fin de la saison un. La saison deux entre en piste. 
Tiens ! Si je réaccordais mes guitares ?

Évreux, 08 décembre 2016

Le Pinceau, le Plectre et la Plume

 

Il avait failli s’endormir dans sa soupe.

Il sursauta en réalisant que mourir noyé dans une assiette de soupe de poisson ferait désordre dans les annales de la famille. Il avait trop forcé sur le Lexomil et le Bourgogne Passe-tout-grain.

Il se leva et d’une démarche approximative, alla dans la cuisine se préparer du café fort. Il avait un problème à régler d’urgence s’il ne voulait pas sombrer dans la démence. À la deuxième tasse, il commença à se réveiller ; à la troisième, il était d’attaque. Il était un tout jeune sexagénaire, sans le sexe ; ça c’était de l’histoire ancienne.

Il avait cependant trois maîtresses exigeantes. Trois sauvageonnes intraitables qui virevoltaient dans sa vie, créant d’ingérables turbulences dans son esprit tripolaire. La peinture, la musique et l’écriture. Tel un chevalier décharné et pathétique, il tentait de dompter trois moulins mus par des vents désordonnés. Le vacarme des grandes ailes de toiles tourbillonnantes s’atténuait parfois dans la ouate des anxiolytiques et des crus de Bourgogne.
C’est alors que la Dame de l’Est se manifesta.

Une muse aussi douce que rayonnante qui avait un jour tenté de l’inspirer et de prendre soin de lui. Lui, pétri d’orgueil et de suffisance, il n’avait pas voulu entendre l’appel.
Cette fois-ci, il posa sa question et se jura d’écouter. La blonde égérie donna son avis. Un avis tranché, sans appel.
Lui, apaisé, abandonna sa superbe et ses moulins capricieux. Cette fois, il décida d'obéir à la parole de l’oracle.

Son choix était fait, l’égérie était fée. Fin du premier acte.

Bruno Michard - 05 mai 2016

Bruno Michard - Le Pinceau, le Plectre et la Plume
Bruno Michard - Le Pinceau, le Plectre et la Plume
 

Une photo déconcertante

Dans quelle galère étais-je encore allé me fourrer ? Ceux qui me connaissent déjà savent à quel point mon talent pour me fourvoyer dans des situations abracadabrantesques surpasse tous les autres jusques et y compris l’écriture. Je n’ai jamais compris comment ça m’était venu cette chose étrange que d’aligner quatre mots puis trois autres et ainsi de suite pour raconter quoi ? Des calembredaines ! Des coquecigrues de foire à la ferraille et au jambon. Des balivernes tout juste bonnes à occuper quelques instants un ennui de passage. Un peu comme un goéland traverserait l’écran d’une salle de cinéma d’art et d’essai un soir de pluie. Pendant le générique de fin ; à l’heure où tout le monde dort. Ça ne vous endort pas vous les films d’auteur ? Allons donc ! Bande de bobos snobinards que vous êtes.

Donc, pour en revenir à mes moutons – tous aussi soporifiques que le cinéma cité plus haut, comptez là-dessus – je contemplais la photo de cette semaine. Je ne comprenais pas vraiment ce que voyait mon œil agacé par des heures braqué sur un écran de la Fonction publique. Il faut bien faire bouillir la marmite comme on dit encore – et pourquoi donc – à l’ère du micro-ondes. C’est un peu comme passer des coups de fil. À l’ère du portable.

Je regardais cette photo avec, je dois le dire, un certain agacement. Et il fallait que j’écrive un billet, une histoire ou un conte, je ne sais trop quoi à propos de cette image pour le Défi du Samedi.

Hein ?

Ah oui ! Je ne vous l’avais pas dit. Le Défi du Samedi, c’est une sorte de rendez-vous sur la toile. Comme un atelier d’écriture mais sans les outils. Chaque samedi, on nous propose un thème et il faut raconter quelque chose. Un billet, une histoire ou un conte, je ne sais trop quoi… Oui, des poèmes aussi, si le cœur vous en dit. Certains le font très bien. Moi ? Non. Je suis exécrable au jeu des rimes. Et j’ai pour la poésie si peu d’estime. J’y suis imperméable que voulez-vous. Mes vers détestables ? Au tout-à-l’égout.

Le thème d'aujourd’hui ?

Des gamelles et une vieille peau clouée sur un mur. De l’inspiration quant à cette chose ? Nada. En principe, quand je n’ai pas d’idées, comme chaque semaine d’ailleurs, je scrute la photo, si c’en est une. J’en décortique le moindre détail, le plus subtil fragment. S’il s’agit d’une citation, je la mastique et la malaxe intérieurement tout au long de la semaine – tout en publiant des successions, des ventes ou des licitations suite à des divorces, des décès ou des donations. C’est mon job, vous savez ; pour faire ronronner le micro-ondes. Pas de marmite chez moi, pas non plus de gamelles en cuivre et encore moins d’épluchures de cadavre d’animaux du Bon Dieu. Diable ! Il ne manquerait plus que ça. Ce n’est pas que je sois végan. Moi, je serais plutôt Suzanne Vega. Mais quand même. Un bestiau crevé cloué au-dessus des casseroles, vous avouerez que pour l’hygiène…

En même temps, le cadavre, faut bien le mettre quelque part. Alors pourquoi pas dans une casserole. En cuivre ou en fonte. Quelle importance ? Du moment que ça cuit vrai, sans fausse honte.

Bien ! Je dégoise, j’élucubre et toujours pas l’once d’une idée. Peut-être que si j’inversais le problème. Voyons voir.

Imaginons des casseroles en fourrure et une peau de bête métallique. Ça donnerait quoi ? Un animal immangeable… à remplacer par des légumes. On aurait la peau de fer contre la pomme de terre par exemple. Oui. C’est bancal, mais ça pourrait marcher.

Ou pas.

Bon allez ! Je laisse tomber. Rien ne vient cette semaine. Peut-être que le prochain sujet sera plus motivant.

En attendant, je vais me mitonner un ragout dans une casserole en cuivre et je dégusterai ça devant la cheminée, bien installé sur une peau de bête.

Comment ? Je n’ai pas ça chez moi ?

Non, mais j’ai un four à micro-ondes et des Cordons Bleus dans le congélateur. À déguster devant la télé avachi sur une couette synthétique. Faut vivre avec son temps.

Évreux, 23 décembre 2016

Bruno Michard - Une photo déconcertante
 

ILLISIBILITÉ CONGENITALE

Je travaille au service de la Publicité foncière d’Evreux et la majeure partie de ma tâche consiste à analyser des actes notariés et autre sommations à comparaître toutes plus absconses les unes que les autres. Je me souviens que lors de ma prise de poste dans cet honorable service, j’avais l’impression d’entendre mes collègues s’exprimer dans une autre langue. Ce jargon hermétique m’a inspiré ce petit texte. À vos dicos !

Bruno Michard illisibilité congénitale

Cet acrostole s’avérait une fulguration esthétique. Une glyptothèque dédicacée aux lypémanies contemplatives les plus architectoniques. Myrthale expertisa l’atterrage à son adéquate véridicité.

En cette conjoncture, ma vigilance n’en fut pas désorbitée, mais je m’avisai que ma dulcinée proclamait une factualité candide et terriblement affriolante. À proximité, un trio de protagonistes comminatoires édictait une imperceptible césure. Je ne parvenais pas à diagnostiquer leurs manigances, mais la configuration de leur particularisme prônait la cautèle.

Au méandre d’un hiératique narthex, j’appréhendai un encorbellement ; comme une disharmonie dans l’eurythmie cénobitique du périmètre. On y accédait par un inextricable escadrin. Après avoir achoppé plusieurs fois sur les degrés mucilagineux et asymétriques, nous parvînmes enfin sur le replat. Un balustre ductile nous prémunissait d’un prolapsus plénier. Une méridienne nous induisait à l’ataraxie. Nous nous y prélassâmes avec délectation.

Myrthale m’investiguait bizarrement. D’un timbre guttural, elle accrédita ce que je décryptais dans sa prunelle. Une appétence libidineuse la submergeait incontinent.

Cette abrupte volte-face me laissa dubitatif. J’avais enduré les tourments de la géhenne à la dissolution de notre hyménée. Nonobstant ma circonspection, je souscrivais pourtant à cette irremplaçable occurrence.

Myrthale se fit prégnante. Ses mignotises devinrent plus intrusives. Ma vergogne intrinsèque se cabrait, ma concupiscence s’exacerbait mais je réalisai soudain que nous étions circonscrits par une kyrielle de villégiaturistes.

L’inquiétant triumvirat nous avait rejoints. Ils nous scrutaient avec insistance. Malgré l’aperception d’une investigation plausible, j’acquiesçai. Myrthale, in naturalibus, se consumait d’une orgasmique incandescence. Je ne l’avais jamais augurée d’une telle complexion.

Afin de nous observer, le trio Reisner s’implémenta sur des caquetoires. Myrthale biffa son penty et s’ébattit sur moi. D’une dextre trémulante, elle déboucla ma bauquière et me dégrafa l’aiguillette. Mon cœur m’étrillait le bréchet, mais, malgré mon désir, je n’affermissais pas mon ithyphalle.

- Voilà donc le rejaillissement de mon étreinte sur ta libido, me stigmatisa-t-elle.

Quelle objection pouvais-je opposer. Réédifiant l’agencement de mon appareil, j’attribuai l’ankylose à cette pénurie d’intimité dans laquelle nous nous enferrions. J’envisageai d’obreptices accordailles.

Sa pupille se fit adamantine. Elle maugréa en accommodant sa vêture que si je n’éprouvais qu’abjection pour elle, il valait mieux briser là.

Avec des voix de douzil à carder les tympans, les trois zygomars gringottèrent alors des cantilènes probablement affurées dans d’effervescents anaglyphes. J’apothéosai l’empyrée de ne pas posséder un browning. Il est probable que j’aurais causé une hécatombe avec, comme prémisses, l’éradication par désintégration cérébrale de cette ubuesque trinité. Au lieu de ça, je ne pus que regarder Myrthale collationner ses nippes et s’en aller la hure insérée dans les éclanches, comme victime d’un mortifère opprobre.

 

Un Entrepreneur Audacieux

J'aime décrire les personnages que je rencontre au gré de mes divagations. En voici un.
Vit-il encore ? Je ne sais pas. Vivait-il vraiment à l'époque où je l'ai rencontré ? Je n'en sais pas plus.
Permettez-moi de vous le présenter.

Il traîne son saindoux du canapé au réfrigérateur.
Fainéant patenté, chômeur professionnel, fumeur de joints invétéré, ce poussah est aussi prompt à bâtir des châteaux en Espagne qu'empressé d'échafauder des plans sur la comète.
De tôt l'après-midi à tard la nuit, il trimbale son air abattu et sa lippe dédaigneuse.
Il a élevé sa démarche traînante de malade imaginaire en fin de vie au statut d'œuvre d'art.
Lorsqu'il vient de s'empiffrer d'un formidable plat de nouilles froides inondées de ketchup, il affiche son air béat d'imbécile satisfait.
Il allume alors un pétard, professe deux ou trois banalités illustrant bien la navrance dans laquelle il s'enfonce de jour en jour et pose sur vous son regard de poisson mort.
C'est alors qu'il devient dangereux.
C'est à cet instant précis que d’étranges idées lui viennent à l'esprit.
Elles sont épuisées, sur les genoux.
Vous n'en donneriez pas trois sous dans une vente de charité.
Avant de surgir à l'air libre, elles ont dû traverser de multiples épaisseurs de graisse, de couches de tissus adipeux et de strates de sédiments lipidiques.
Elles se sont faufilées au travers d'un amoncellement d'idées reçues, de phrases toutes faites, de lieux communs et de clichés.
Le poussah pourtant, à cet instant-là, se métamorphose en un entrepreneur audacieux, un téméraire chevalier d'industrie pour qui le mot échec n'a aucun sens. Avec votre argent.
Fuyez !

 

Les amis sur Facebook  (Ou petite réflexion insomniaque)

Nous avons quatre sortes d’amis sur Facebook.
Déjà nous avons la famille.
Bizarre, la famille, elle donne l’impression de vous porter aux nues et en même temps de se foutre de vous ;

un peu comme si vous n’existiez qu’à certains moments.
Ensuite, nous avons les amis intimes.
Sont très spéciaux, les intimes.

C’est un peu comme la famille, ils vous complimentent à tours de bras mais ne vont jamais partager cet article qu’ils trouvent pourtant si génial. Pourquoi ? Mystère.
Et puis, il y a ceux que vous n’avez jamais vus et que vous ne verrez sans doute jamais, mais qui auraient pu être de vrais amis.
De ceux qui pourraient frapper à deux heures du matin chez vous pour demander le gite et le couvert.
Et que vous accueilleriez à bras ouverts.
Pour finir, vous avez les autres, les « amis Facebook » de ceux qui, un jour, vous ont envoyé une invitation sans trop savoir pourquoi ;

qui ne donnent jamais aucun signe de vie. 
Je pense que je fais intimement partie de ces quatre catégories. Bon ! En bref ! Je vous aime tous quand même.

Nos écrans

Nos écrans sont des fenêtres. Imaginez deux immeubles en vis-à-vis.

Il arrive que les habitants des deux immeubles,

désireux de communiquer, décident de certains codes.
Celui-là suspendra un mouchoir blanc pour signifier qu’il vient en paix,
celui-ci posera un pot de géranium sur le rebord de la fenêtre pour dire qu’il est heureux.
Un autre y mettra une tarte à refroidir

tandis qu’un autre encore ouvrira tout grand cette fenêtre et esquissera quelques pas de danse.
Au fil des jours, la communication se fait plus claire. Les affinités se précisent.
Et un beau matin, quelqu’un décidera qu’il est temps de descendre et de traverser la rue.
A la rencontre de l’autre. Pour faire enfin connaissance.

Foulonjm - Textes et Poésies